TRE : et si votre corps savait déjà comment guérir ?
Par Maryam Essamkaoui · Naturopathe holistique à Massy (91)
Dans le premier article de cette série, on a exploré les fascias : ce réseau silencieux qui traverse tout le corps, enregistre le stress chronique, porte l’empreinte physique de ce que le système nerveux n’a pas pu libérer. On a vu pourquoi le corps n’oublie pas. Pourquoi la douleur chronique est souvent systémique. Pourquoi les nœuds qui transforment notre habit en camisole ne se défont pas avec de la volonté ou de la compréhension.
Et je vous ai laissé·e·s sur une promesse : il existe un mécanisme, inscrit dans notre biologie depuis des millions d’années, qui permet au corps de se défaire de ce qu’il porte. Un mécanisme que nous avons appris à supprimer, et que l’on peut réapprendre à laisser se produire.
Ce mécanisme, c’est le tremblement neurologique. Et la méthode qui permet d’y accéder, c’est le TRE.
Ce que les enfants savent encore faire
David Berceli n’a pas développé le TRE dans un laboratoire. Il l’a développé dans des zones de conflit.
Travaillant dans des régions touchées par la guerre et les catastrophes naturelles, il a observé quelque chose que le modèle occidental du trauma avait largement ignoré. Après des bombardements, des tremblements de terre, des événements violents, les gens tremblaient. Spontanément, involontairement, parfois intensément. Les adultes supprimaient ce tremblement ou ne tremblaient pas du tout. Mais les enfants, qui n’avaient pas encore appris à court-circuiter les réponses de leur corps, tremblaient longuement et librement. Et puis, remarquablement, ils retournaient jouer. Ils traversaient l’expérience. Les adultes, eux, continuaient à la porter.
Berceli a reconnu ce qu’il voyait. Les enfants faisaient quelque chose de naturel, quelque chose que le système nerveux humain est conçu pour faire après une expérience menaçante, et que la plupart des adultes avaient été conditionnés à ne plus faire. Le tremblement n’était pas un symptôme de la détresse. Il en était la résolution.
À partir de cette observation, il a développé une série d’exercices capables de réactiver cette réponse de tremblement dans un cadre sécurisé et dosé. Cette pratique est devenue le TRE — Tension & Trauma Releasing Exercises.
Pourquoi le corps tremble, et pourquoi on l’a oublié
Si vous avez lu le premier article, vous vous souvenez de l’image. Un réseau de fils entrelacés, traversant tout le corps de la nuque aux pieds. Quand tout va bien, ces fils sont souples. Quand le stress chronique s’installe et que les cycles de stress restent incomplets, des nœuds se forment. L’habit devient camisole.
Ce que je n’avais pas encore expliqué, c’est que tous les mammifères possèdent un mécanisme intégré pour défaire ces nœuds.
Regardez un chien après une frayeur. Il ne reprend pas simplement ses activités comme si de rien n’était. Il se secoue, souvent longuement, parfois intensément. Ce tremblement permet au système nerveux de compléter le cycle du stress, de décharger l’énergie de survie mobilisée et de revenir à son état de repos naturel. C’est ce qu’on observe chez le cerf après avoir échappé à un prédateur, chez l’impala après une poursuite. Ces animaux ne développent pas de syndrome post-traumatique. Leur système nerveux accomplit ce pour quoi il est conçu.
Les êtres humains possèdent ce même mécanisme. Biologiquement, nous ne l’avons pas perdu. Culturellement, nous avons appris à le supprimer. On nous a dit d’arrêter de trembler, de ne pas pleurer, de « tenir ». Des années et des décennies de ce conditionnement ont enfoui le mécanisme sous des couches de tension musculaire habituelle et de surpassement nerveux. Le résultat est que le stress et le trauma s’accumulent, couche après couche, sans jamais être vraiment résolus.
C’est ce que Bessel van der Kolk documente depuis des décennies dans ses travaux sur le trauma : ce n’est pas l’événement traumatique qui reste, c’est la peur et la mémoire du danger qui persistent, et qui empêchent le système nerveux de passer en mode repos. Le corps garde le score.
(Van der Kolk, B. The Body Keeps the Score, 2014.)
Ce que le TRE fait, précisément
Le TRE est une séquence d’exercices qui fatiguent des groupes musculaires spécifiques, notamment dans les jambes et les hanches. Cette fatigue ciblée abaisse le seuil du système nerveux jusqu’au point où la réponse de tremblement peut s’activer spontanément.
Le muscle-clé dans ce processus est le psoas.
Le psoas est un muscle profond qui court depuis la colonne lombaire jusqu’au fémur, traversant le bassin. C’est souvent lui qu’on appelle « le muscle du stress » : il est l’un des premiers à se contracter lors d’une réponse de combat-fuite, tirant le corps vers la position de protection instinctive. Chez de nombreuses personnes, il cumule des décennies de tension accumulée issue de cycles de stress incomplets. Quand les tremblements du TRE s’activent dans les hanches et le bassin, le psoas est fréquemment au cœur de ce qui se libère.
Selon le Dr Robert Scaer, neurologue et spécialiste du trauma, le tremblement neurologique est une réponse automatique du tronc cérébral, déclenchée pour compléter et décharger le mécanisme de combat-fuite-gel. Physiologiquement, ces tremblements sont générés par le réflexe de l’organe tendineux de Golgi, qui alterne contractions et relâchements musculaires en cycles, permettant à la tension stockée de se dissiper progressivement.
(Nordstroem, J. Literature Synthesis on Neurogenic Tremor, Saybrook University, 2021.)
Une fois les tremblements amorcés, le système nerveux central entame une cascade de réponses physiologiques. La tension musculaire chronique commence à se relâcher. Le système nerveux autonome amorce un déplacement de la dominance sympathique — l’état d’alarme — vers l’activité parasympathique, l’état de repos et de récupération. L’énergie de survie qui était maintenue sous pression trouve un passage.
Ce qui rend le TRE fondamentalement différent de la plupart des autres pratiques somatiques, c’est que les tremblements sont involontaires. Le ou la praticien·ne ne les produit pas consciemment. C’est le système nerveux qui les produit. Le rôle de la personne qui pratique est simplement de permettre que cela se produise.
Le TRE est moins un traitement qu’une clé. Les exercices n’éliminent rien par eux-mêmes. Ils donnent accès à un mécanisme qui existe déjà dans chaque système nerveux humain, et qui n’attendait que les bonnes conditions pour s’activer.
Pourquoi ce n’est pas de la psychothérapie, et pourquoi c’est précisément ce que certaines personnes cherchent
Voilà quelque chose que je dis clairement en séance, parce que je pense que c’est essentiel à comprendre avant de commencer.
La psychothérapie, les approches cognitives, le travail par la parole et par l’insight opèrent principalement dans le cortex — la partie pensante, langagière, analytique du cerveau. Ces approches ont une valeur réelle et peuvent être extrêmement précieuses. Elles ne sont pas concurrentes du TRE. Dans mon accompagnement, je les combine d’ailleurs souvent, parce qu’un espace pour verbaliser ce qui remonte pendant ou après une séance peut avoir toute sa place.
Mais le trauma, comme on l’a vu dans le premier article, ne réside pas dans le cortex. Il réside dans les structures sous-corticales du cerveau et dans le corps : dans la tension musculaire chronique, dans le système nerveux autonome dérégulé, dans les réponses motrices incomplètes qui n’ont jamais eu la permission de s’achever. Ces structures ne parlent pas le langage des mots et de l’analyse. Elles parlent le langage de la sensation, du mouvement, de l’état physiologique.
C’est pourquoi on peut passer des années en thérapie à construire une compréhension intellectuelle sophistiquée de ses traumas, sans que le corps change vraiment. La carte s’améliore. Le territoire, lui, reste le même. Comprendre pourquoi on est anxieux·se ne décharge pas l’activation qui produit l’anxiété.
Le TRE contourne le cortex entièrement. Il va directement aux structures sous-corticales et réactive le mécanisme de décharge là où le problème réside. Les tremblements n’ont besoin ni de compréhension, ni de narration, ni de revisiter des souvenirs douloureux.
Ce que j’observe dans ma pratique, et ce que j’ai traversé de l’intérieur : certaines personnes n’ont plus besoin de comprendre. Elles ont déjà compris. Elles ont analysé, verbalisé, mis des mots sur tout. Ce dont elles ont besoin maintenant, c’est de s’en défaire. Et pour s’en défaire, il faut passer par le corps. Il n’y a pas vraiment d’autre chemin.
Il y a aussi des personnes qui n’ont tout simplement pas envie de repasser par leurs traumas, de les raconter, de les réactiver dans le registre de la parole. Elles cherchent quelque chose qui travaille sans qu’elles aient à tout mettre en mots. Le TRE, c’est exactement ça.
Ce que la recherche confirme
La science rejoint ici ce que les praticien·ne·s observent depuis des années sur le terrain.
Une étude publiée en 2024 dans la revue Psychology (Parker, Shook, Washington, English & Tatum) a mesuré les effets de huit semaines de TRE sur des réfugiées est-africaines présentant des symptômes traumatiques significatifs. Les résultats montrent une réduction de 33 % des symptômes, avec une amélioration notable pour 36 des 40 indicateurs mesurés. Une étude avec des étudiant·e·s universitaires (Torres de Almeida & Oberto Rodrigues, 2021) a confirmé que le TRE régule le système nerveux autonome et augmente la variabilité de la fréquence cardiaque, un marqueur fiable de la capacité du corps à se poser et récupérer.
La base théorique est solidement ancrée dans les mêmes mécanismes neurologiques qui sous-tendent d’autres approches somatiques bien établies comme la Somatic Experiencing de Peter Levine ou l’EMDR. Le tremblement neurologique n’est pas une hypothèse. C’est une réponse automatique du tronc cérébral documentée, déclenchée pour compléter et décharger le mécanisme de combat-fuite-gel.
(Scaer, R., 2001 ; Nordstroem, J., 2021.)
À quoi ressemble concrètement une séance
Voilà ce que j’aurais voulu qu’on m’explique avant ma première séance.
La pratique commence par une séquence d’exercices physiques simples, principalement des postures et des mouvements qui ciblent les jambes, les hanches et le psoas. Ces exercices ne demandent pas de condition physique particulière. Ils sont accessibles. Leur rôle est de créer la fatigue musculaire ciblée qui va abaisser le seuil du système nerveux.
Ensuite, on s’allonge sur le dos, les bras le long du corps. Les pieds se rejoignent par leur arête intérieure, les tranches extérieures reposant à plat sur le sol, formant un petit triangle entre les deux pieds. Les genoux sont relevés, légèrement rapprochés l’un de l’autre. Et là, on attend. On ne fait rien. On laisse.
Les tremblements commencent généralement dans les jambes. Au début, ça ressemble à des vibrations, parfois à des secousses plus prononcées. C’est involontaire, et c’est déroutant la première fois, parce que nous ne sommes pas habitué·e·s à laisser notre corps faire quelque chose sans le contrôler. Au fil de la séance et des séances, les tremblements se propagent : bassin, ventre, dos, poitrine, parfois les épaules, les bras, la mâchoire. Cette propagation n’est pas un problème. C’est le signe que le système nerveux accède à des couches de tension de plus en plus profondes.
Ce qu’on ressent pendant une séance varie beaucoup d’une personne à l’autre et d’une séance à l’autre. Parfois c’est simplement agréable, comme un relâchement physique profond. Parfois des émotions remontent : des larmes sans raison apparente, un éclat de rire inattendu, une vague de tristesse qui passe. Parfois rien de particulier ne se produit, et pourtant quelque chose a bougé, qu’on ne percevra que dans les heures ou les jours qui suivent : un sommeil plus profond, une irritabilité qui s’est allégée, une tension chronique qui s’est dissoute.
Un point important que je souligne toujours : le corps n’a pas besoin d’expression émotionnelle pour guérir. La guérison se produit au niveau physiologique, par les tremblements eux-mêmes, par le recalibrage progressif du système nerveux autonome. Les libérations émotionnelles, quand elles arrivent, sont valides et naturelles. Leur absence l’est tout autant.
La guérison n’est pas linéaire... et c’est normal
C’est l’une des choses les plus importantes que j’aie à dire sur le TRE, parce que c’est souvent là que les gens abandonnent à tort.
La pratique fonctionne de manière cumulative. Chaque séance construit sur la précédente. La plupart des personnes remarquent des changements significatifs rapidement dans les premières semaines : l’anxiété diminue, le sommeil s’améliore, une sensation générale de légèreté et d’ancrage s’installe. Cette phase donne confiance.
Puis quelque chose change. Le système nerveux commence à travailler sur des couches plus anciennes et plus profondes. Les progrès deviennent moins visibles. D’anciens symptômes peuvent ressurgir temporairement. Des émotions ou des sensations physiques peuvent arriver qui semblent disproportionnées à ce qui se passe dans la vie. Des séances qui semblaient immédiatement libératrices deviennent plus subtiles.
Ce n’est pas une régression. C’est le système nerveux qui accède à quelque chose qu’il n’avait pas encore la capacité d’atteindre. Le corps fait surface ce dont il est prêt à se défaire, dans l’ordre où il est prêt à s’en défaire.
La trajectoire globale de la pratique ressemble à une courbe en baignoire : une progression rapide au début, un plateau qui ressemble à de la stagnation mais qui est en réalité un travail en profondeur, puis une consolidation. Chaque cycle va un peu plus loin. Chaque vague de libération est suivie d’une période d’intégration, pendant laquelle le système nerveux absorbe le changement et se stabilise.
L’intégration, c’est aussi du travail. Un sommeil régulier, des repas prévisibles, des moments de calme, des relations sécurisantes, du temps en nature : tout cela soutient le système nerveux dans ce processus de consolidation. L’intégration n’est pas une activité post-séance. C’est une condition qui soutient ou limite tout le reste.
Pratiquer seul·e ou avec un accompagnement : ce qu’il faut savoir
Le TRE peut s’apprendre et se pratiquer en autonomie. Il existe des ressources vidéo, des guides en ligne, et beaucoup de personnes pratiquent chez elles avec des résultats réels.
Mais voilà ce que les praticien·ne·s expérimenté·e·s et les professionnel·le·s certifié·e·s recommandent clairement : si vous avez un historique de trauma sévère ou un diagnostic de PTSD, travailler avec un·e praticien·ne certifié·e avant de pratiquer seul·e est fortement conseillé. Non pas parce que le TRE est dangereux, mais parce que le dosage et le rythme sont déterminants. Une mauvaise cadence peut produire une suractivation du système nerveux plutôt qu’un apaisement.
Ce qui fait la différence dans un accompagnement, c’est plusieurs choses.
D’abord, le regard. Quelqu’un qui observe comment vous tremblez, qui voit où le corps bloque, où il y a de la résistance, où quelque chose commence à se libérer, peut ajuster la séance en temps réel d’une façon qu’aucune vidéo ne peut faire.
Ensuite, la relation d’aide. Dans mon accompagnement, le TRE n’est pas une séance muette. Ce qui remonte pendant les tremblements — les sensations, les images, les émotions — a parfois besoin d’un espace pour être nommé. Pas pour être analysé à l’excès. Juste accueilli. Je suis là pour ça aussi.
Enfin, le dosage et la progression. Savoir quand s’arrêter, comment calibrer la durée des séances en fonction de ce que le système nerveux peut intégrer, comment naviguer les phases de plateau : c’est là où l’accompagnement professionnel fait une vraie différence dans la durée.
Je propose des séances à l’unité pour celles et ceux qui veulent explorer la pratique progressivement et avancer à leur propre rythme (30€ · 30 min · au cabinet à Massy ou en visio). Et des packs de séances pour un accompagnement plus suivi dans le temps, pour les personnes qui sentent qu’elles ont besoin d’une progression encadrée sur plusieurs semaines. Le format s’adapte à la personne, pas l’inverse.
Ce que ça change de comprendre le TRE
Si vous avez lu les deux articles de cette série, vous avez maintenant un cadre pour comprendre quelque chose que la médecine conventionnelle peine encore à expliquer : pourquoi le stress chronique et le trauma ne se règlent pas uniquement par la tête.
Les fascias portent l’empreinte de ce que le système nerveux n’a pas pu libérer. Le TRE réactive le mécanisme que le corps possède pour se libérer lui-même. Ces deux réalités se répondent. Et c’est précisément pour ça que, dans ma pratique à Massy, je les associe : la Hijama sèche et le massage énergétique travaillent sur le tissu fascial par le toucher et la décompression. Le TRE travaille sur le système nerveux autonome lui-même, à la racine.
Ce n’est pas une philosophie. C’est de la biologie.
Et le plus révolutionnaire là-dedans, c’est cette idée que le corps sait déjà. Il possède le mécanisme. Il a la capacité. Ce dont il a besoin, c’est qu’on lui crée les conditions pour que ce mécanisme puisse s’activer.
C’est exactement ça, mon travail.
Maryam Essamkaoui est naturopathe holistique à Massy (91), praticienne en massage énergétique, Hijama sèche et TRE. Elle accompagne les personnes en errance médicale, fatigue chronique, déséquilibres hormonaux et stress chronique. Consultations au cabinet à Massy ou en visio.
Source scientifiques :
Parker, J., Shook, B., Washington, D., English, B. & Tatum, C. (2024). The Effect of TRE on Trauma Symptoms in East African Refugees. Psychology, 15(1). https://doi.org/10.4236/psych.2024.151006
Oh, J. & Shin, C.S. (2021). A pilot study on the anxiety reduction effect of TRE. Asia-Pacific Journal of Convergent Research Interchange, 7.
Torres de Almeida, J. & Oberto Rodrigues, G. (2021). TRE regulates the autonomic nervous system, increases heart rate variability, and improves psychophysiological stress in university students. treglobal.org/research
Nordstroem, J. (2021). Literature Synthesis on Neurogenic Tremor. Saybrook University. treglobal.org
Van der Kolk, B. (2014). The Body Keeps the Score. Viking.
Berceli, D. (2010). Neurogenic Tremors: A Body-Oriented Treatment for Trauma in Large Populations. Trauma und Gewalt, 4(2).
